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No more Spoon, No more heroes any more


« Quitte ton canapé », me dit-on.
« Quoi tu as dormi jusqu’à 11h ?! », me lance-t-on d’un ton outré, choqué, surfait.
On dit : « Mange 5 fruits et légumes par jour ».
 On dit qu’il faut manger, bouger et accessoirement, de la bonne nourriture saine, bio, locale, biodynamique. parce que c’est bon pour la santé.
On en dit des choses.
On te dit facilement « bouge-toi ! ».
On te dit « Viens voir du monde, ça te fera du bien. » parfois avec compassion, pitié, charité, bonté, mépris, ou mansuétude.
On te dit que prendre des vitamines va t’aider.
On te dit d’aller voir un spécialiste, chamaniste, énergéticien, kinésiologue, homéopathe, nutritionniste, diététicien, neurologue, endocrinologue, psychologue, psychiatre, ostéopathe, médecins en tout genre, charlatans ou médicastres, peu importe. Le but est de trouver une réponse mais surtout une solution pour que cela cesse et que tu arrêtes de faire l’enfant fatigué, pourri gâté, confite de paresse dans la volupté de ton canapé, car au fond tout cela, ce n’est que du cinéma.
On te dit de faire des examens de santé.
On te dit de perdre du poids, d’ailleurs n’oublie pas « manger-bouger-point-F-R ».
On te dit que c’est une question de volonté.
Bref, on te demande de « bouger », on te l’a déjà dit « sort de ton canapé ».
Poudre de perlimpinpin, poussière d’étoile, incantation, formule magique, cachet, pilule, drogue, tout est bon visiblement pour répondre au conformisme attendu, peu importe tes moyens : rentre dans le moule à gâteau, n’en fait pas tout un cake.
On t’en impose beaucoup de suggestion, élucubration, insinuation, proposition, suscitation, pression, incitation, indication, invitation, allusion, allégation, divagation, digression, injonctions.
Il y a toujours une bonne âme pour un bon conseil.
La vérité est bien éloignée de ces phrases. La réalité est la suivante. Chaque jour tout le monde a un niveau de batterie rechargé par une nuit de sommeil. Parfois c’est moins la forme, mais c’est toléré. Les mauvaises nuits ça arrive.
Mais moi, je me lève avec un nombre de petite cuillère dans ma main, pas de batterie rechargeable, pas caféine amère et sucré, de théine salvatrice dans son nuage de lait, point de redbul ailée, de champagne américain orné de son étiquette rouge en coup de pouce, coup de fouet, insufflateurs d’énergie. J’ai rarement une petite culière qui se rajoute à mon précieux trésor à action possible. Tout sera planification, réflexion, anticipation, mais surtout choix. Et, rien que cette affectation interne aux tâche disponible est couteuse. Je suis directement amputé d’un point d’énergie à évaluer mes possible et faire des choix.
Parfois, je laisse un message sans réponse. Est-ce rejet, refus, désintérêt ? non, je suis juste « bloquée ».
Parfois, je refuse vos invitations.
Souvent on dit « prend soin de toi ».
Ne pas répondre, ne pas initier une discussion malgré mon amour infini pour mes ami-e-s, ne pas donner de nouvelles en privé, ne pas venir, privilégier les conversations de groupe à l’échange en tête à tête virtuel, se contenter d’un statut sur un réseau sociale et concomitamment passé pour une chouineuse, geignarde, pleurnicheuse, braillarde, bref une petite fille pourri gâté, mais cela, je vous l’ai déjà dit… c’est prendre soin de moi, me préserver, ne pas gaspiller mes très précieux couvert.
J’ai caché le cout de mon existence bien longtemps et cela au prix de stratégie me calant 2 ou 3 semaines au lit, devant une énième rediffusion de the West Wing, star trek (TNG, DS9, Voyager), Harry Potter ou encore la version du seigneur des anneaux, parce que j’ai donné le change 2 jours, une soirée.
Parfois, j’ai plus de petite cuillère, mais souvent j’en ai très peu.
Pourquoi ? Parce que je le sais et que c’est une autre histoire. Mais cette autre histoire me coute, elle aussi quotidiennement un nombre de cuillères invisibles, douloureuses. C’est une lutte permanente contre bien des choses, bien des temps, bien de souvenir, bien des flous, bien des amnésies, bien des coupures de mon être interne. Je passerais encore quelques années à avancer pour avoir le luxe possible de peut-être passer des cuillères à la batterie sous garanti du regard social et approbateur de celle qui se bouge enfin le cul.
Merci à celles et ceux qui, dans mes ami-e-s initie les échanges, car si provoquer, débuter un échange me coute, quand il est là, y répondre est facile, sauf s’il touche à une planification en tout genre qui me figera sur place. La drôlitude existentiel est toujours au rendez-vous.
Parfois, il y en a une en bonus… parce qu’un sourire, parce qu’un rire d’enfant, parce qu’une personne a trouvé ce qu’il fallait dire et dont j’ignorais le besoin. C’est rare les bonus, c’est précieux. Je pourrais offrir un truc en plus à mes enfants, à moi.
À celles et ceux qui ont le sentiment que je fais beaucoup, que j’affronte beaucoup de front en même temps. Merci de votre regard bienveillant. Ceci est souvent du domaine intellectuel, cela me coute infiniment peu. Mais la vie n’est pas que dans l’intérieur de ma tête. Elle est dans ce quotidien dont on ne conscientise le cout que lorsque nous sommes à sec.
C’est dit. C’est une notice explicative qui ne fut pas gratuite mais nécessaire. Elle n’émerge pas de reproche mais juste de la clarification dont je ressens intensément le besoin. J’en ai assez de couvrir cette réalité dans le voile de l’invisible.
Ajout et précisions -22/08/2018
Chaque personne est unique. Le cout en cuillère est donc très variable. Si une vaisselle m'en coute 4 à d'autres cela en vaudra peut-être 2. Ce qui est d'ordre intellectuel m'est très économique. Cela parle de moi, et n'est pas une généralité.

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